Ostéopathie

Dans le cadre de la prise en charge de l’endométriose par les médecines alternatives, nous avons interviewé pour vous, chers internautes, Agnès Payet, ostéopathe à Saint Pierre de la Réunion depuis 2013.

Quel a été votre parcours, de la formation en ostéopathie, à la pratique du métier ?
J’ai suivi une formation d’une durée de cinq années au COLLEGE OSTEOPATHIQUE EUROPEEN de Cergy-Pontoise (95, région parisienne) en formation initiale et continue (pour les personnes qui ne font pas partie du domaine médical), en alternance (pour les personnes déjà kiné ou infirmiers, etc.). Je suis donc ostéopathe exclusive.
Je me suis installée en septembre 2013 à Saint-Pierre car je voulais à tout prix faire découvrir l’ostéopathie aux Réunionnais ; c’est une pratique encore méconnue et mal interprétée ici (confusion avec les kinés, idées reçues : crack systématique, « l’ostéopathie c’est pour les os » etc).

Qu’est ce que l’ostéopathie ?
L’ostéopathie est une méthode thérapeutique manuelle, utilisant des techniques de manipulations de l’ensemble des structures du corps. Il s’agit d’une pratique globale qui prend en compte l’interdépendance des structures. L’approche thérapeutique de l’ostéopathie consiste en une recherche de la cause qui prend en compte la globalité de l’individu.
L’endométriose étant une pathologie complexe, l’ostéopathie doit être un complément de la médecine traditionnelle dans la prise en charge de la douleur, en vue de l’amélioration de la qualité de vie. La patiente peut s’orienter vers l’ostéopathie à tout moment de son parcours médical, en pré-opératoire, post-opératoire, mais aussi pour des problèmes d’infertilité.
Bien qu’aucune étude ne révèle le bénéfice direct des pratiques de l’ostéopathie sur l’infertilité, la qualité de vie procurée par ces pratiques peut participer à un contexte favorable à la procréation.

Comment se déroule une séance ?
La consultation chez l’ostéopathe se déroule en plusieurs temps :
• Elle commence par l’anamnèse : le praticien interroge le patient sur les motifs de sa visite, son récit de vie, ses différents antécédents (opération, chute, stress, traumatisme…). Autant de spécificités que l’ostéopathe prend en compte dans le cadre d’une prise en charge adaptée à chaque patient.
• Le praticien explique la séance au patient et s’assure qu’il a bien compris.
• La séance peut durer entre 1H et 1H30. Les manipulations se font sur une table de massage. Le patient est en sous vêtement, mais il garde sa mobilité, l’ostéopathe s’adapte au patient. Toutes les manipulations se font uniquement avec les mains et de façon intuitive. Ainsi, pour des douleurs pelviennes par exemple, c’est tout une zone qui va être explorée en priorité (ventre, bas du dos, etc.). A cette étape, le praticien repère les zones en souffrance et peut en déterminer les causes. Selon les cas, il peut préciser son diagnostic en poursuivant son interrogatoire pour avoir plus d’informations sur ces zones en particulier.
• Sauf contre- indication (symptômes caractéristiques d’une pathologie nécessitant une réorientation rapide et en urgence), l’ostéopathe procède à des techniques adaptées au cas du patient.
Les bénéfices des séances se font sentir immédiatement pour certaines pathologies, auquel cas une seule séance peut parfois suffire. Pour d’autres pathologies, comme pour l’endométriose, ils vont s’installer progressivement. Parfois le patient alternera une semaine de bien être, puis une semaine de douleurs vives. Il est nécessaire de laisser au corps le temps de trouver son équilibre entre chaque séance.
La fin de la séance se termine par des conseils nutritionnels, comportementaux, environnementaux, pouvant améliorer le quotidien du patient.
Il y a plusieurs méthodes en ostéopathie, et chaque ostéopathe s’approprie sa propre méthode en fonction de la formation qu’il a suivie, de son expérience, de ses patients, etc. Par conséquent, les patientes qui iront consulter ne se retrouveront pas forcément avec le même déroulement suivant l’ostéopathe.

Comment procède –t-on au suivi entre les séances ?
Les bénéfices entre les séances s’évaluent notamment par la réduction de prise d’antidouleurs, mais aussi en évaluant la progression par rapport à la période de référence (la première séance). Le nombre de séances n’est pas déterminé d’avance, mais en fonction des évolutions constatées ou non.
En absence de résultat satisfaisant, ou en cas d’accentuation de la douleur, le patient devra refaire un bilan auprès de son médecin traitant, et différer à une date ultérieure sa prise en charge par l’ostéopathe. De même, en cas de doute sur le diagnostic, l’ostéopathe réorientera le patient vers son médecin traitant.

Quelles sont les mutuelles qui remboursent, même partiellement, l’ostéopathie ?
Je ne connais pas toutes les mutuelles qui remboursent. Il faut se renseigner directement auprès de celles-ci. Cela peut dépendre du forfait ; une ou plusieurs séances par an peuvent être remboursées (tout ou partie de la séance).

Travaillez-vous en complément avec d’autres médecins (gynécologues, urologues, autres…)?
Les professionnels de santé sensibles à l’ostéopathie nous envoient parfois leurs patients lorsque la médecine ne peut pas grand-chose à part la prescription médicale de la gestion de la douleur. De même, nous réorientons les patients dès que nous constatons des symptômes susceptibles d’être traités par un spécialiste (ORL, neurologie, etc.) en passant par leur médecin traitant.

Est-il utile de ramener nos différentes imageries (radios, irm etc.) lors d’une consultation chez l’ostéopathe ?
Il est très intéressant de constater avec les patients les résultats des imageries, non seulement pour qu’ils puissent servir de référence avant le traitement ostéopathique, mais aussi pour expliquer aux patients leur configuration anatomique particulière, l’origine possible de leurs douleurs et de leur pathologie (parfois les patients ont des difficultés à lire les imageries et à les analyser seuls ce qui est normal).

Y a-t-il une différence dans la prise en charge de la douleur en générale, et de la douleur chronique en particulier ?
Dans le cadre de l’ostéopathie, on ne se base pas sur la douleur mais sur le diagnostic ostéopathique. La douleur et son évaluation par la patiente permettront d’analyser les bénéfices des séances.

Quelles peuvent être les contre-indications par rapport à l’ostéopathie ?
Théoriquement aucune contre-indication, sauf en cas de techniques structurelles (crack), que je ne pratique pas en tous les cas.

Vous arrive-t-il de vous concerter avec d’autres ostéopathes pour décider du traitement du patient ?
Malheureusement l’ostéopathie à la Réunion est un monde dans lequel il est difficile de trouver sa place lorsqu’on débute (le mode concurrence est enclenché…). Je discute avec mes collègues et amis de Métropole exclusivement, avec qui j’ai gardé de très bonnes relations et qui aiment s’engager dans le domaine associatif également, ainsi que dans le respect du secret professionnel. Le traitement d’un patient n’est jamais controversé dans le sens où l’intuition et les sensations manuelles guident l’ostéopathe qui doit avoir confiance en ses sensations, même s’il peut se tromper.

Que conseilleriez-vous à une femme atteinte d’endométriose ?
La première chose est de ne pas rester isolée dans ses souffrances et son mal être. C’est une maladie qui engendre des douleurs quotidiennes et qui peut porter atteinte à la féminité et à la sexualité de la femme, ce qui peut lui porter préjudice moralement et dans son couple.
De plus, un conjoint compréhensif et des proches bienveillants peuvent apporter conseils et soutien. Il est nécessaire de les informer au mieux sur la maladie et ses symptômes. Si nécessaire, un soutien psychologique peut être proposé pour les femmes en détresse ou mal dans leur peau.
Enfin, la sophrologie, le yoga, la méditation peuvent les aider à gérer la douleur et le stress qu’elle engendre. Ce sont des femmes qui doivent à tout prix prendre conscience qu’être « femme » ne se vit pas seulement à travers leur sexualité (plus ou moins perturbée dans le cas de l’endométriose) ou par le fait d’être mère. Il faut s’ouvrir vers d’autres vertus, d’autres repères que ceux que la société actuelle véhicule (primat de l’apparence, place du sexe pour la femme et pour l’homme, quête du « bien-être » inexorable).
La femme atteinte d’endométriose, comme chaque personne touchée par la maladie, a la capacité, voire le privilège de mesurer l’importance de la Vie et d’en stratifier les valeurs, repoussant le matérialisme et la superficialité. C’est aussi pour cette raison que cette association me tient à cœur.

 

2 commentaires pour “Ostéopathie

  1. leyna974

    Bonjour, souvent d’endométriose stade 4 à 22 ans sans enfant et désireuse d’en avoir, je suis très intéressé par ce que l’ostéopathie pourrait me procurer. Y a t il des spécialistes dans l’ouest ou le nord svp? cordialement. Leyna

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